‘ PRINCIPES D'’ÉCONOMIE POLITIQUE
de tous les salariés. Il est vrai que puisque la vieillesse peut
être prévue longtemps à l’avance et qu’on a toute la vie pour
y parer, celui qui se laisse surprendre par elle, sans avoir
pris ses précautions, encourt le reproche d'imprévoyance,
Mais même le voulant, encore faut-il pouvoir épargner pour
ses vieux jours : y a-t-il done tant de bourgeois qui le fassent,
même pouvant le faire sans peine ?
La constitution d’une pension de retraite par la voie de
l’épargne individuelle imposerait à l'ouvrier une lourde
charge — un prélèvement ininterrompu et depuis sa jeunesse
de 15 p. 0/0 au moins sur son salaire, prélèvement le plus
souvent, impossible et mème égoïste puisqu'il serait pris sur
le pain de ses enfants.
C’est pourquoi la loi française du 5 avril 1910, votée après
d’interminables discussions, reproduit la loi allemande dans
ses traits essentiels, à savoir : — 1° assurance obligatoire
pour tous les salariés par le moyen d'une retenue sur le
salaire opérée par le patron ; — 2° contribution égale des
ouvriers et des patrons (1); — 3° subvention de l'Etat sous
forme d’une majoration de pension, très modique (100 fr.); —
4o droit à une pension de retraite à l’âge de 60 ans, dont le
montant variera selon le nombre de versements effectués.
Ce régime de l’assurance obligatoire pour la vieillesse n’a
pas eu en France le même succès qu’en Allemagne. On peut
mieux dire qu’il a échoué. Il n’y a guère plus de la moitié
de ceux qui devraient être inscrits qui paient la prime et
encore sont-ce seulement les plus âgés. La loi s'est heurtée
à la fois aux résistances des économistes de l’école libérale,
parce qu’elle ne veut pas de l’obligation (2,7 à celle des socia-
listes qui repoussent toute contribution à la charge de
(1) Fixée à un taux uniforme (9 francs pour les hommes, 6 francs pour les
femmes, et autant pour les patrons), tandis qu'en Allemagne il y a une échelle
de cotisations graduée selon les salaires.
(2) Un des principaux représentants de l’école libérale, M. Colson, au Con-
grès de la Société d'Economie Sociale de 1916, disait : « Il ne faut pas hésiter
à affirmer que le développement des retraites ouvrières est une mauvaise
action .… c’est faire œuvre de désorganisation sociale ».
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