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LE PÉROU ÉCONOMIQUE
là-bas, ces procédés sont considérés comme des habiletés
même par ceux qui en sont les victimes.
Les extorsions et les abus d’autorité vis-à-vis des
indigènes et en général de tous ceux qui paraissent sans
influence, sont assez fréquents.
Ainsi, il arrive parfois qu’un almacenero ou tiendero (1)
d’une localité de l’intérieur, se trouve concurrencé par le
lieutenant gouverneur ou le gouverneur lui-même ; un
jour, il se verra poursuivi, et une partie de ses marchan
dises confisquées sous prétexte qu’elles sont de mauvaise
qualité. Le fonctionnaire, un métis le plus souvent, rachète
ensuite ces marchandises à bas prix et les revend avec
les siennes. Ou bien c’est le même commerçant qui ne
se résigne pas à abandonner une partie de ses bénéfices
entre les mains du gouverneur ou autre autorité de second
ordre et qui voit mettre toutes sortes d’entraves à son
commerce. S’il se plaint, les juges lui donneront tort.
Dans les petites localités éloignées de l’intérieur, c’est
le régime du bon plaisir ; le code et les lois sont plus ou
moins respectés, suivant qu’il y a plus ou moins de
moyens de communication faciles avec le pouvoir cen
tral.
Ce sont là des défauts qui ne sont pas exclusivement
propres aux Péruviens.
Dans beaucoup de cas, il faut aussi compter avec les
coutumes locales, l’ignorance et les préjugés séculaires
rendus plus étroits par l’entêtement et la mauvaise volonté.
(1) Propriétaire d'almacen, ou de tiendas, ce sont des magasins, véritable
emporium où l'on trouve les marchandises les plus variées : tout d’abord
des liqueurs de toutes sortes, des cotonnades, du pétrole, de la bimbelo
terie, du bois, des articles de piété, des pétards, tout ce qui concerne
1 épicerie et aussi tout ce qui est nécessaire à l’équipement d’un cavalier,
une boite de conserve voisine avec un éperon ou des lunettes. Dans 1 in
térieur et même sur la Costa les magasins de spécialités n’existent pas.