Full text : La crise du petit commerce

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çants que chez les artisans *. Les coopératives, en effet,
n’ont pas craint de réclamer la faveur officielle, comme
si elles étaient des institutions de bienfaisance. Elles ont
été appuyées dans cette prétention par toutes sortes de
complicités. Le vent étant à la politique sociale, les faiseurs
 de bien social à bon marché et à courtes vues ont
soutenu les coopératives parce qu’elles devaient, semblait-il,
 amener une diminution des dépenses de l’ouvrier.
 Il semblait tout naturel à ces messieurs de soutenir
 le « faible » (l’ouvrier !) contre le « fort » (le commerçant
 !) ?. Le grand capital se devait, bien entendu,
d'appuyer de tout son zèle d’aussi louables efforts. C’est,
en effet, un bon point dans la lutte des classes que de
pouvoir dire qu’on a fait quelque chose pour le bien
du prolétariat, et, d'autre part, si l’ouvrier vit à meilleur
 marché, il réclame avec moins de conviction. des
augmentations de salaire. Aussi ne nous étonneronsnous
 pas d’avoir vu les coopératives s’installer dans des

* Parce qu’elles offraient aux premiers la possibilité de
prospérer aux dépens des seconds, en exposant tout faits,
dans leurs magasins, des objets qui n’étaient précédemment
fabriqués que sur commande, pour le plus grand désavanlage
 des artisans, au moins locaux. (Voir ce point de vue
tel que l’expose Biermer, cité par Wernicke, Kapitalismus
und Mittelstandspolitik, pp. 449-450.)
? Sur l’absurdité de ces notions de « partie forte» et de
« partie faible » appliquées aux conflits économiques, v. Leroy-Beaulieu,
 op. cit. passim. Les formules sentimentales
complètement fausses abondent en économie politique. Telle
cette affirmation que l’ouvrier est la partie faible dans une
grève ou un lock-out. Car « L’entrepreneur peut attendre,
l’ouvrier ne le peut pas » ! Cela a-t-il empêché la plupart des
grèves de tourner, moyennant quelques sacrifices, au profit
final du salariat ? Il n’y a science que là où il y a objectivité,
 et l'introduction de questions de sentiment dans une
discussion scientifique tue l’objectivité. Car c’est alors «sur
ces sentiments que portent nos recherches au lieu de porter
sur les faits qui frappent notre conscience », dit M. P. Boninsegni
 (Manuel élémentaire d’économie politique, Lausanne,
F. Rouge, 1930, p. 102).
            
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