Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

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LA  HONGRIE

une  république  en  miniature,  il  arrive  aussi  que  ce  chef  est  élu  au  suffrage
universel  ;  et  l’on  a  vu  ainsi  des  pères  obligés  d’obéir  à  leur  fils.
Le  gospodar  répartit  la  besogne  et  exerce  une  autorité  patriarcale  sur
tous  les  membres  de  F  association.  M.  X...  m’a  cité  un  trait  qui  montre  jusqu ­
  où  va  1  obéissance  dans  le  clan.  Un  jour,  le  fils  d’un  chef  avait  volé  des
fruits  dans  le  verger  du  château.  M.  X...  alla  se  plaindre  au  gospodar.
—  Combien  valent  tes  fruits?  demanda  celui-ci.
—  Un  florin,  répondit  M.  X...
Le  staréchina  paya,  et  appelant  son  fils  :
—  Va  me  chercher  un  banc.
Le  fils  obéit.
Le  père  lui  fit  signe  de  s’étendre  dessus.  Il  lui  lia  les  mains  et  lui  administra ­
  vingt  coups  de  bâton.
Le  fils  se  releva,  reporta  le  banc  à  sa  place,  et  vint  baiser  la  main  de
son  père,  en  lui  disant  :  «  Merci!  »
Celui  des  associés  qui  s’est  rendu  coupable  de  désobéissance  ou  de  paresse
peut  être  privé,  lors  de  la  répartition  des  bénéfices,  de  la  part  à  laquelle  il
a  droit.
Chez  les  Serbes,  chaque  dimanche,  tous  les  chefs  de  clan  se  réunissent  en
plein  air  et  remplissent  les  fonctions  de  juges.  Ils  prononcent  publiquement
sur  les  différends  qui  surviennent  entre  les  divers  clans  ,  et  délibèrent
ensuite  sur  les  besoins  de  la  commune.  Quand  un  paysan  n’a  pas  assez  de
terre,  la  commune  lui  en  donne  ;  et  ces  terres  deviennent  sa  propriété,  sans
qu  il  paye  rien.  Aussi  n’y  a-t-il  parmi  les  gens  de  la  campagne  ni  grande
richesse,  ni  grande  misère  1 .  L  égalité  des  biens  est  la  même  que  celle  qu’on
trouve  dans  le  mir  russe  et  le  couvent  chrétien.  Le  communisme,  forme  primitive ­
  de  la  propriété,  n’est  pas,  comme  on  le  voit,  une  idée  moderne.
Nous  entrâmes  dans  le  clan  Borovèz  en  franchissant  au  moyen  d’une
petite  échelle  servant  d’escalier  la  clôture  qui  l’entoure.  Aussitôt  les  enfants
qui  jouaient  tout  nus  parmi  les  poules,  les  canards  et  les  cochons,  se
sauvèrent  en  poussant  des  cris  d’effroi;  et  les  poules,  les  canards  et  les
cochons  s’enfuirent  à  leur  tour  :  ceux-ci,  les  oreilles  droites  et  la  queue  en
trompette,  ceux-là  les  ailes  om  ci  tes  et  effares,  poussant  des  cris  moins  sauvages ­
  que  les  enfants.  Les  cochons  disparurent  dans  leurs  huttes  recouvertes
de  chaume,  et  les  poules  se  réfugièrent  dans  les  maisons  en  volant  pardessus ­
  les  femmes  assises  sur  le  seuil  des  portes.  Les  chevaux  qui  paissaient
sous  les  arbres  prirent  peur  de  toute  cette  peur  et  se  mirent  à  gambader  en
1  *  Le  peuple  serbe  est  exempt  d’idées  absurdes;  il  n’y  a  pas  chez  nous  de  prolétaires.  »  (Tan-K0V1TSCH
  et  Grouitcii,  les  Slaves  du  Sud.)
            
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