Full text : Le problème de la marine marchande

LES  CHANTIERS  FRANÇAIS.  iBy
progrès  que  l’on  peut  soutenir  sans  paradoxe  (')  qu’une
construction  trop  solide  et  trop  soiqnée  est  le  plus  souvent
nue  cause  d’infériorité  pour  l’armateur.
Il  est  qénéralement  admis  que  le  prix  d’acquisition  d’un
navire  doit  s’amortir  en  une  période  de  quinze  années.  Certaines ­
  compagnies  allemandes  prévoient  pour  leur  Hotte  le
meme  amortissement  en  cÀnq  ans.  C’est  là  un  luxe  (pi’aucune
compagnie  française  ne  peut  se  permettre.
Même  eu  calculant  sur  une  période  plus  longue  —  sur
vingt  années  par  exemple  —  les  charges  d’amortissement,
d’inlérét  du  capital  engagé,  d’assurance  (G  à  8  p.  loo  par  an)
s’élèvent  annuellement  à  20  p.  100  de  la  valeur  du  navire.
Elles  constituent  tellement  la  majeure  dépense  d’un  budget
d’entreprise  de  transports  maritimes  (pie  l’armateur  s’efforce
toujours,  afin  de  diminuer  le  poids  que  celui-ci  lui  impos(v
l’ail,  de  restreindre  au  minimum  possible  le  prix  d’acquisition
du  navire  (^).
Encore  faut-il  n’étre  pas  dupe  d’une  fausse  économie  !
Entre  deux  armateurs,  l’iiu  achetant  à  vil  prix  un  mauvais
bateau,  l’autre  payant  d’une  somme  exorbitante  un  excellent

(i)  Déposition  (le  M.  Décliaud,  d'ürau,  devant  la  commission  extraparlementaire  de
li»  marine.
"  "l’ai  démontré  qu’en  moins  de  dix  ans  le  perfectionnement  des  machines  et  des  chaudières ­
  avait  amené  une  économie  de  22  p.  100  dans  la  consommation  en  houille  des  bateaux ­
  à  vapeur;  concurremment,  j’aurais  pu  établir  que  les  tonnages  ont  évolué  dans
une  proportion  plus  grande  encore  et  ¡pie  tels  navires  construits  il  y  a  dix  ans  pour  le
long  cours,  ne  travaillant  plus  assez  économiquement,  sont  aujourd’hui  afl'ectés  à  des
services  de  cabotage.
«  Tout  fait  espérer  que  la  marche  incessante  du  progrès  amènera  des  transformations
heureuses  et  profitables  dans  l’exploitation  des  vapeurs.  C’est  alors  que  les  navires
trop  bien  construits  et  par  conséquent  trop  coûteux  deviendront  une  lourde  charge
pour  leurs  propriétaires  qui  ne  trouveront  que  difficilement  à  s’en  débarrasser  lorsipéils
voudront  se  procurer  des  outils  plus  perfectionnés  et  susceptibles  de  leur  permettre  de
lutter  contre  leurs  concurrents  étrangers.  »
Çi)  <<  Le  prix  de  revient  du  navire  est  le  premier  point  à  considérer,  et  cela  s’cxpliipie
puisipTil  est,  sous  la  forme  intérêt,  amortissement,  assurance,  l’un  des  gros  facteurs  de
|a  dépense  totale.  Si  on  compare  deux  navires  semblables  à  tous  égards,  l’un  coûtant
'1  millions  et  l’autre  i,000,000  fr.,  il  est  clair  qu’à  condition  de  recettes  égales,  le  premier ­
  aura  un  désavantage  marqué  sur  le  second.  »  Discours  de  SI.  Hernard,  président
de  la  Compagnie  nantaise  de  navigation  à  vapeur,  séance  de  la  commission  extraj)arlementaire
  de  la  marine  du  2  juin  1897.
            
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