102 le Pérou économique
ajustées, qu’il est impossible aujourd’hui encore d’y passer
une épingle.
Nous avons vu aussi d’autres blocs qui portaient des
empreintes de mains, d’animaux ; d’autres, au contraire,
où ces mêmes dessins étaient en relief ! Comment ont-ils
pu faire cela ? Ce n’étaient pas leurs outils de cuivre, si
bons fussent-ils, qui leur ont permis une telle œuvre. Non,
là, la pierre a été rongée, dissoute, mais au moyen de
quel acide ? Ces Indiens avaient la science si approfondie
de la plante, de l’herbe de leur Cordillère que c’est là
que nous devons en chercher l’explication. Et il est mal
heureux que, de même qu’ils ont su nous garder leur
langue, ils ne nous aient pas transmis leur science.
Le nom de Rodadero, dont nous avons parlé plus haut,
vient d’une pierre lisse qui se trouve sur l’une dea faces de
la colline. Cette pierre est si glissante, que l’on s’en sert
pour en obtenir les effets d’une montagne russe. En effet,
les habitants de Cuzco ont l’habitude de s’y rendre à cer
tains jours de l’année et d’y prendre leurs ébats. Tous
montent au sommet de la roche, puis chacun se laisse
glisser jusqu’en bas de la pente rapide, au milieu des rires
que provoquent les cabrioles et les chutes heureusement
sans danger. Ce plateau de Rodadero devait servir sans
doute de tribune, de lieu d’assemblée et de place pour les
jeux, car sous le gouvernement des Incas, rien n’était
libre, les divertissements et les travaux étaient également
obligatoires. Les suppositions sur l’usage de cette sorte
de cirque sont justifiées par le nombre et la disposition
des marches et des sièges sculptés un peu partout.
C’étaient des gens pratiques que les Incas et qui,
même pendant leurs jeux ou leurs assemblées, n’aimaient
pas à être surpris par l’ennemi. Et de cette place même
du Rodadero partait un souterrain qui avait plusieurs