tées sous la Répriblique, les impôts sont encore fort iné
galement répartis, et les Indiens sont toujours ceux qui
ont encore à subir les plus lourdes charges. Des contribu
tions injustes sont souvent imposées d’une façon arbitraire
par les préfets, les gouverneurs, les chefs de district, et
parfois aussi par d’autres indigènes, lorsque ceux-ci sont
parvenus à quelque fonction officielle. En outre, le mal
heureux Indien peut se voir arraché à sa famille pour être
enrôlé de force dans l’armée.
Il ne faut donc pas s’étonner que l’infortuné Quechua,
voyant les autorités prélever une lourde dîme sur son
troupeau qui constitue toute sa fortune, ne cherche en
aucune façon à augmenter son avoir, craignant toujours
un prélèvement plus important. Dans cet état d’esprit, le
Quechua ne peut avoir qu’un goût très modéré pour le tra
vail, car il ne cherche à produire que ce qui est stricte
ment nécessaire à son alimentation ; celle-ci se compose
de chalona (mouton sec), de cecina (bœuf salé), et plus
généralement de maïs et de chuno (pomme de terre gelée
et soigneusement séchée).
Pour fabriquer le chuno, l’Indien expose pendant plu
sieurs jours des pommes de terre à la gelée ; ces pommes
de terre sont ensuite lavées, puis séchées, soit devant un
foyer, soit au soleil. La pulpe est ensuite broyée et la
farine grossière ainsi obtenue est conservée dans des sacs
en cuir fermant hermétiquement. Cette farine et quelques
lanières de charqui (bande de viande séchée au soleil)
sontles aliments les plus nutritifs et les moins volumineux,
ce sont les provisions dont tout voyageur devra se
munir abondamment. Ce mets devient des plus substan
tiels lorsqu’on y ajoute quelques bananes ou des tranches
de manioc.
En voyage, l’Indien quechua est très sobre : quelques