L’ÉCHANGE >
du prix, notamment pour les objets de première nécessité ;
le prix du pain viendrait à doubler qu’on n’en consommerait
guère moins, car il faut la ration ordinaire, et il diminuerait
de moitié qu’on n’en consommerait guère plus, car on le con-
somme par nécessité plutôt que par plaisir.
Donc, tantôt la courbe est concave, tantôt elle est convexe,
tantôt elle est irrégulière et descend ou monte par ressauts
— il n’y en a pas deux de semblables, en sorte qu'un écono-
miste bien renseigné pourrait, rien qu’à l’aspect d’une de ces
courbes et sans autre indication, dire : voilà le charbon ! ou
voilà le blé !
Ainsi chaque marchandise pourrait avoir son portrait
schématique, son signalement, sa fiche, comme les délin-
quants qui ont passé au service anthropométrique ou, si l’on
préfère une comparaison plus noble, comme ces raies du
spectre solaire qui permettent au physicien de reconnaître
chaque élément.
Et l’offre, que fait-elle? Elle varie naturellement en sens
inverse. À chaque accroissement de prix, la quantité offerte
augmente, et l’on peut aussi tracer la courbe de l’offre qui
n'aura pas une nhysionomie moins curieuse que celle de la
demande. Elle est même beaûcoup plus variäble encore, car
en fin de compte de quoi dépend l’offre? De la production.
Selon donc qu’il s’agira d’une production strictement limitée
(objets d'art, crus fameux), ou d’une industrie à rendement
non proportionnel (c’est-à-dire où les frais de production
augmentent plus que la quantité produite, par exemple les
produits agricoles), ou au contraire d’une industrie où plus
on produit et plus le coût de production diminue (ce qui est
le cas de la plupart des produits industriels) — l’essor de la
courbe de l'offre sera plus ou moins gêné ou plus ou moins
hardi (1).
(1) Généralement l'offre commence par augmenter rapidement dès que le
prix hausse, mais arrivée à une certaine limite, elle se ralentit quelle que
soit l'augmentation du prix parce que la production s'essouffle et ne peut
suivre. Cette marche de l'offre apparait sur la figure ci-dessus sous l'image
d’une courbe rapidement ascendante, puis à faible pente se rapprôchant de
l’horizontale.
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