PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
a précisément un moyen d’y parer qui n’est pas possible
pour le billet de banque : c'est ce qu’on appelle le chèque
barré (crossed), c’est-à-dire qui porte deux barres parallèles
tracées obliquement sur le chèque. Non seulement ce chèque
ne peut être payé que chez un banquier, comme tous les
chèques, mais il ne peut être touché que par un banquier :
ce sera celui nominativement désigné entre les deux barres,
ou si le signataire du chèque n’a inscrit aucun nom, en
ce cas, le créancier qui recevra le chèque y inscrira le
nom de son propre banquier : mais, de toutes façons, le
chèque ne peut être présenté à la banque débitrice que par
une autre banque. Or ce qui est curieux c’est que le ban-
quier, dont le nom figure sur le chèque, ne le touche jamais
en argent, mais l’emploie à régler ses comptes avec ses
confrères. Le chèque barré est donc un chèque qui ne peut
servir qu’aux règlements par voie de compensation. Aussi
a-t-on pu définir humoristiquement le chèque barré: un
chèque fait pour n’être jamais payé. Et la loi allemande de
1908 permet mème d’interdire absolument le paiement en
espèces du chèque en inscrivant ces mots « à payer par
compensation » ou « à porter en compte ». L'avantage de
ce chèque c’est qu’il ne peut servir à personne autre qu'au
banquier dont il porte le nom ; et par conséquent peu importe
qu’il soit volé ou perdu puisque le possesseur illégitime ne
saurait qu’en faire — à moins de supposer que le voleur
se trouvât être lui-même en compte courant avec le banquier
désigné pour le toucher et qu’il eût l’audace de le faire
porter au crédit de son compte ! Même en ce cas la fraude
serait vite découverte (1).
3° Il y a enfin et surtout le risque que le chèque ne soit pas
payé à présentation parce que le signataire malhonnèête du
(1) Le chèque tend mème aujourd'hui à remplacer la lettre de change, ce
qui est fâcheux car cela revient à supprimer un admirable instrument de crédit
qui permettait au fabricant de renouveler sans cesse son capital (voir ci-dessus
p. 369). Cette élimination avait été aggravée par une loi fiscale qui soumettait
Ja lettre de change à un impôt de 2 p. 0/0, tandis que Je chèque, quelle que soit
sa valeur, ne paie que 10 centimes (ou 20 centimes d’une place à l’autre).
Heureusement cet impôt anti-économique vient d'être aboli.
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