PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
Pour établir la légitimité de la propriété foncière, veut-on
se rabattre sur l’autre fondement, celui de l’utilité sociale ?
Celui-ci paraît, en effet, plus solide.
Etant donné l’accroissement plus ou moins rapide mais
général de la population sur la terre, il faut choisir le mode
d’exploitation du sol qui permettra de nourrir le plus grand
nombre d'hommes sur une superficie donnée.
Dès lors on a senti toujours la nécessité, pour stimuler le
travail, d’assurer au cultivateur un droit non seulement sur
les produits de sa terre, mais sur la terre elle-même comme
instrument de son travail — droit d’abord temporaire, mais
de plus en plus prolongé, à mesure que les progrès de la cul-
ture ont exigé des travaux de plus longue haleine, et qui a
fini par devenir perpétuel.
Le droit aux fruits emporte le droit au fonds, pendant un
certain temps du moins, Il faut bien laisser à celui qui a fait
les semailles le temps de faire la moisson. Il faut bien comp-
ter cinq ou six ans avant que celui qui a planté la vigne fasse
sa première vendange, et il faut un demi-siècle avant que
celui qui a semé le gland puisse couper le chêne. Remarquez
d’ailleurs que, même dans les cultures annuelles, pour peu
qu’elles soient perfectionnées, il y a des travaux engrais,
amendements, drainages, irrigation, construction et installa-
tion) qui ne pourront être récupérés que par les récoltes suc-
cessives de dix, vingt, peut-être de cinquante années. Il est
pourtant indispensable de laisser à celui qui les a faites la
possibilité de se rembourser : sinon on peut tenir pour cer-
tain qu’il ne les fera pas.
rapporte 3.000 francs de rente — maïs c’est au contraire parce qu'elle rap-
portait naturellement 3.000 francs de rente, indépendamment de tout travail
du titulaire, qu’elle a pu se vendre 100.000 francs : or, il s'agit précisément
de savoir pourquoi elle les rapportait. C’est comme si à eeux qui critiquent le
monopole des notaires ou agents de change et réclament son abolition, on
croyait fermer la bouche en disant que la propriété de ces offices est légitime
et indiseutable puisque les titulaires aetuels les ont achetés et payés.
Tout ce qu’on peut conclure de cet argument, c’est que le propriétaire de la
terre ‘comme le titulaire d'un office pelouse acheté à prix d'argent) a droit
au remboursement du prix s’il est exproprié — mais c’est là une tout autre
question.
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