LES PROPRIÉTAIRES FONCIERS ér)
Voilà pourquoi la société, même si elle revendique en droit
un domaine éminent sur la terre, ne saurait mieux faire dans
l'intérêt de tous que de déléguer son droit à ceux qui pour-
ront tirer de cette terre le meilleur parti. Or, jusqu’à ce jour,
ce sont les individus qui y ont le mieux réussi et, jusqu’à
preuve contraire, il y a lieu de penser que ce sont les plus
aptes à remplir cette fonction sociale (1). Voilà pourquoi
c’est sous le régime de la propriété individuelle que s’est faite
la colonisation dans tous les pays neufs, Amérique, Australie,
Algérie, etc.
Mais, tout en rendant hommage aux services rendus à la
civilisation par l’institution et l’intensification de la propriété
foncière (ci-dessus, p- 484-488), il ne faut pas fermer les yeux
sur les antagonismes entre l'intérêt social et l’intérêt privé
qu’elle crée bien souvent et qui se résument en cette for-
mule: le propriétaire, dans l’exploitation de sa terre, ne
cherche pas nécessairement à lui faire produire le plus pos-
sible en quantité ou qualité, mais à obtenir le bénéfice maxi-
mum. ou, comme disent les économistes, il vise moins à la
productivité qu’à la rentabilité. Par exemple, il n’hésitera pas
à transformer des terres arables en pâturages, voire même,
s’il est aussi riche lord anglais, en terrain de chasse ou de
sport, sans s'inquiéter de savoir s’il ne vaudrait pas mieux
que la terre nourrit des hommes plutôt que des bœufs ou
des faisans. Ou inversement il fera couper une forêt pour en
réaliser la valeur, parce qu’il fera le calcul que le prix capi-
talisé lui rapportera plus que les revenus de la forêt.
En tout cas, si le fondement de la propriété n’est autre
que l'utilité publique, alors il semble qu’elle ne devrait
pas avoir le caractère absolu que le droit lui confère.
(1) Les colleetivistes nous assurent, il est vrai, que l’exploitation collective
du sol donnera des résultats Iron soyériquié, même au point de vue technique,
à ceux que peut donner la propriété individuelle, parce qu'elle seule pourra
permettre d'employer les procédés de la grande production et d'en réaliser les
avantages. Mai- c'est là une pure conjecture que l'on ne peut vérifier, tandis
que l'institution de la propriété foncière, mème de la petite propriété, peut
faire valoir de belles réalisations et elles seront plus belles encore quand la
netite propriété sera complétée par la coopéra!'on.
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