E PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
donne la richesse et la puissance, n’est pas cela. Il n’est
jamais le produit du travail personnel, ou l’épargne réalisée
sur le produit d’un travail personnel, mais tout au contraire,
l’épargrie réalisée sur le produit du travail d'autrui, le travail
d’ouvriers salariés, épargne qui ne peut grossir qu’autant
qu’elle est employée à faire travailler d’autres ouvriers pour
en retirer de nouveaux profits. Aucune grande fortune ne
s’est créée autrement.
Il faudrait donc conclure de ce raisonnement qu’il y aurait
deux catégories de capitaux? Les petits, dont l’appropriation
serait légitime parce qu’ils sont le fruit d’un travail indivi-
duel et honnête ; les gros, les capitaux vampires dont l’appro-
priation serait illégitime parce qu’elle implique l’appropria-
tion du produit du travail d’autrui? Or, comme tous les gros
capitaux ont commencé évidemment par être petits, il s’en-
suivrait que l’appropriation du capital est légitime à sa nais-
sance et jusqu’à un certain point de son développement, après
quoi elle devient abusive. Il en serait du capital comme de
certains animaux qui sont bons tant qu’ils sont petits, mais
qui deviennent méchants en grandissant. Mais quel sera le
point critique ? Ce sera celui où le capital, étant devenu trop
grand pour servir simplement d’instrument au travail de son
maître, sera employé par lui à faire travailler d’autres
hommes en nombre suflisant pour que son propriétaire (et
ses héritiers à perpétuité) puissent vivre de leurs rentes. Ici
nous rentrons dans la doctrine collectiviste et nous ne pou-
vons que nous référer à la discussion ci-dessus (pp. 471-474).
Rappelons seulement qu’on ne saurait poser en principe
que tout capital, fût-il même gros, soit nécessairement et par
sa nature propre un instrument d’exploitation et qu’il ne
puisse grossir qu’en suçant le sang du travail: le capital-
vampire est non point la forme normale mais. au contraire,
une perversion monstrueuse du vrai capital, dont le véritable
rôle est d’être l'instrument et le serviteur du travail. On peut
dire de lui ce qu’on a dit de l’argent : c’est un mauvais
maître, mais un bon serviteur: il s’agit seulement de le
remettre à sa place. C’est ce que font les sociétés coopéra-
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