LES SALARIÉS 3
consomme ; 2° par la prime qu'il faut mettre de côté annuel-
lement pour l’amortir, c’est-à-dire pour la remplacer par
une autre quand elle sera hors de service. De même aussi le
coût de production du travail sera représenté : 1° par la
valeur des subsistances que doit consommer l’ouvrier pour
se maintenir en état de produire ; 2° par la prime d’amortis-
sement nécessaire pour remplacer ce travailleur quand il
sera hors de service, c’est-à-dire pour élever un enfant
d’ouvrier jusqu’à l’âge adulte.
Voilà comment le salaire doit se réduire au minimum stric-
lement nécessaire pour permettre à un travailleur de vivre, lui
et sa famille, ou, d’une façon plus générale, pour permettre
à la population ouvrière de s’entretenir et de se perpétuer.
Telle est la théorie généralement connue sous le nom de
Loi d'airain. Ce nom sonore, trouvé par Lassalle, a d’abord
fait fortune ; pendant trente ans, il a retenti comme le
refrain d’un chant de guerre socialiste et a servi à attiser les
haines sociales en démontrant aux ouvriers que l’organisa-
tion économique ne leur laissait aucune chance d’améliora-
tion de leur sort.
Cette théorie est vraie et fausse à la fois.
Elle est vraie en tant qu’elle veut dire que le salaire nor-
mal tend à se régler sur le coût de la vie, augmentant quand
celui-ci augmente, diminuant quand il diminue (1). En effet, il
faut bien que le travailleur, ne fut-il mème qu’un esclave,
trouve le moyen de vivre — si toutefois on ne peut se passer de
lui. Et d’ailleurs, en outre de la nécessité économique, ilya
une nécessité morale qui agit aussi, soit par des concessions
spontanées des patrons, soit par la pression de la grève.
Quelle plus éclatante démonstration que celle dont nous
sommes les témoins, puisque nous avons vu depuis cinq ans
le coût de la vie et le taux du salaire s’élever parallèlement
— et depuis peu, la courbe du prix qui descend déclanchant
une baisse des salaires.
(1) Le salaire normal, disons-nous, car exceptionnellement le salaire
courant peut tomber au-dessous de cette limite — par exemple lorsque la
main-d'œuvre féminine ou celle des immigrants s'offre en surabondance.
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