PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
Mais la théorie est fausse si on veut lui faire dire, comme
c’était la pensée de ses doctrinaires, que le salaire ne peut
jamais s’élever au-dessus du strict nécessaire pour vivre,
c’est-à-dire que le minimum est aussi un maximum. Il suffit
d’ouvrir les yeux pour voir que le salaire de l’ouvrier n’est
assujetti à aucun maximum — si ce n’est celui qui résulte
pour l’ouvrier, comme pour tout autre co-partageant, de la
limitation de la production. Et reconnaître que le salaire est
en fonction du coût de la vie, comme nous venons de le dire,
n’implique nullement qu’il soit invariable puisque ce coût de
la vie est lui-même susceptible d’augmenter indéfiniment,
dans la mesure même où s’accroissent les besoins de l’ouvrier.
Au lieu de parler de salaire d’airain on parle aujourd’hui
de « salaire vital » (living wage) en entendant par là un
salaire qui permette à l’ouvrier de vivre conformément aux
habitudes, à l’étiquette, pourrait-on dire, du milieu social
où il est appelé à vivre.
& 3. Théorie de la productivité du travail.
Une troisième théorie, tout en cherchant, comme les pré-
cédentes, à déduire la loi du salaire de celle de la valeur,
arrive pourtant à des conclusions tout à fait opposées.
La valeur du travail, dit-on, ne peut être assimilée à la
valeur d’une marchandise soumise uniquement à la loi de
l’offre et de la demande sous l’action de la concurrence, car
le travailleur n’est pas un produit, mais bien le facteur de
toute production. Par conséquent, sa valeur doit être régie
par les mêmes causes que celles de la valeur des instruments
de production, terre ou capital, c’est-à-dire surtout par la
productivité de ces instruments. Quand un entrepreneur loue
une terre, le taux du fermage qu’il paie n’est-il pas calculé
d’après la productivité de cette terre ? Nous l'avons vu aussi
pour la location du capital (p. 545). Pourquoi, quand il s'agit
de louer le travail, le taux du salaire ne serait-il pas en rai-
son de la production du travail, de son efficacité (e/ficiency) ?
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