186 L’EMPIRE COLONIAL FRANÇAIS
pas le seul. Il n’est certainement pas suffisant de faire
naviguer sportivement, pour ainsi dire, un navire de
commerce ou un navire de guerre (je laisse de côté la
navigation de plaisance), il faut le rendre utile, c’est-
à-dire, suivant l'un ou l’autre cas, se préoccuper de son
rendement commercial ou de son rendement politique.
Ces préoccupations d’ordre spéculatif se distinguent des
préoccupations purement matérielles qui dominent le pro-
blème industriel. J’ai cru utile d’établir cette distinction
avant de préciser les avantages multiples, eux aussi,
d'ordre matériel ou d’ordre spéculatif, que la marine
marchande et la marine militaire de notre pays sont appe-
lées à retirer de notre domaine colonial.
Si nous nous attachons, en premier lieu, au problème
purement industriel de la navigation, il n’est guère besoin
de nous embarrasser des différences qui peuvent exister
entre la conduite d’une flotte marchande et la conduite
d’une flotte militaire. Gardons présente à l’esprit l’image
de l’usine terrestre avec toutes ses servitudes, toutes ses
dépendances qui rendent si important le choix de son
emplacement, et nous saisirons plus facilement toute la
complexité des exigences de l’usine flottante.
Celle-ci a constamment besoin de combustible, d’huile
pour les machines, d’eau douce pour les chaudières, de
matériel et d’outils ; les hommes qui la manœuvrent
consomment des vivres qu’il faut renouveler. Enfin 1l
faut pouvoir assurer l’entretien des divers appareils méca-
niques, souvent même réparer et pour cela disposer d’ate-
liers puissants, de pièces de rechange, de cales sèches,
de docks flottants, d’engins de levage. Or ces approvi-
sionnements, ces ateliers, s’ils s’établissent peu à peu à
demeure à la disposition de l’usine terrestre ou peuvent
y être conduits par la route ou le rail, c’est dans les ports