Full text: La crise du petit commerce

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On le voit, le seul point de vue auquel l'auteur con- 
sent à se placer c’est celui de l'avantage du grand ma- 
gasin pour le consommateur, but, et « cause finale » 
(pour parler comme les philosophes) de la production. 
[i fait bon marché de d’intermédiaire évincé, sans son- 
ser que le consommateur ne peut être consommateur que 
parce qu’il est en même temps producteur ; que, pour 
pouvoir dépenser, il faut d’abord gagner sa vie, et 
qu’une baisse des prix n’est pas bénie du public si elle 
s'accompagne d’une crise de chômage : elle se traduit 
alors, pour lui, par une hausse, le manque à gagner 
agissant comme un supplément de dépenses. Or, le dé- 
taillant est aussi un consommateur et, nous l’avons vu, 
un consommateur fort répandu, trop répandu *. 
Donc, l’économiste même, qui se fait un dogme de 
l'intérêt exclusif du consommateur, ne devrait pas se 
préoccuper des conséquences de l’expansion des grands 
magasins pour le petit détaillant, si vraiment « la sta- 
> tistique montre (?)” aussi que le procès de dissolution 
* Si l’on compte que chaque commerce de détail de la ca- 
tégorie qui nous intéresse fait vivre trois personnes, ce qui 
est une appréciation très modeste, et qu’il existe, chiffres 
ronds, un détaillant par 120 habitants, on arrive à la con. 
clusion qu’un consommateur sur quarante tire ses ressour- 
ces du petit commerce. 
? Elle semble plutôt montrer le contraire. V. la note ci- 
dessus et nos chapitres I et II. Même en comptant tous les 
commerçants dans la classe moyenne (et l’on verra au cha- 
pitre suivant que nous excluons la très grande masse des 
détaillants surnuméraires), et même en admettant que le 
membre de la classe moyenne est dans la règle rongé de 
soucis et surchargé de travail, on est forcé d’avouer que, 
prise globalement, la classe moyenne n’est point tellement 
à plaindre. Dans l’Allemagne d’avant la guerre, Wernicke 
(Kapitalismus und Mittelstandspolitik, pp. 358-359) consta- 
tait, d’une part, que le revenu moyen de la population était 
en augmentation continue, de l’autre, que l’accroisement nu- 
mérique de la classe moyenne, quoique plus lent que celui 
du prolétariat, était encore deux fois plus rapide que celui 
de la population dans son ensemble. C’était le « bourgeois » 
(et le noble) qui était en régression. Wernicke comptait alors 
dans la classe moyenne le 40 % de la population allemande
	        
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