ÉMANCIPATION DES CLASSES 299
que des affaires, ne surent, ni profiter de la colonisation qui
s’accomplit sous [leurs yeux, ni de la plus -value de la propriété
foncière et de ses produits [Le plus souvent, ils consentirent
aux défrichements de leurs terres et à l’émancipation
de leurs tenanciers, moyennant le paiement de redevances
ou cens immuables. Fréquemment, ils stipulèrent
même que ces cens seraient pour partie acquittés en argent,
dont la valeur baissa. Pour s’épargner les ennuis du faire
valoir direct, ils ‘accensèrent volontiers leur domaine
réservé, si bien que, pour satisfaire à leurs besoins présents,
ils sacrifièrent l’avenir. En Normandie par exemple, dès
le x1r© siècle, les terres nobles disparurent, submergées
sous les accensements, qui les transférèrent pratiquement
aux paysans. Il arriva même, partout où la bourgeoisie
urbaine l’emporta, qu’elle fit une guerre à mort aux féodaux,
et les spolia de leurs biens. Les paysans, de leur
côté, multipliaient les tentatives d’usurpation et prof
taient de la disparition fréquente de titres écrits, pour
légitimer leur mainmise sur la propriété seigneuriale,
avec l’approbation des tribunaux royaux, notamment en
France. Sauf en Angleterre, où la petite noblesse (gentry),
cessant d’être une chevalerie, ‘et se rapprochant des
petits propriétaires libres, renonça au métier des armes,
pour administrer elle-même ses terres et évita ainsi l’appauvrissement,
partout en Occident, la masse des nobles
dégénéra en une classe besogneuse, parfois famélique, qui
n’eut plus de l’ancienne propriété seigneuriale que de
faibles débris, insuffisants à la faire vivre.
En Italie, une partie de la noblesse se décida à s’orienter
vers les carrières industrielles et commerciales et elle
échappa à la ruine. Mais l’autre partie, incapable de
s'adapter, végéta et parfois sombra dans la misère. On
remarquait à Sienne au xTI1° siècle des descendants d’anciennes
familles aristocratiques réduits à la mendicité. En
Espagne, bien des gentilshommes connurent un sort semblable.
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