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LE PROBLÈME DE LA MARINE MARCHANDE.
J’ai eu plus haut, dans les constatai ions de mou enquête
sur l’état des chantiers français, l’occasion d’exprimer mon
sentiment sur la capacité techniijue de nos ouvriers. Leurs
aptitudes sont à peu près égales à celles des ouvriers an
glais : l'apprentissage n’est sans doute pas aussi minutieuse
ment réglementé qu’en Angleterre ; il n’en forme pas moins
des ouvriers d’élite. La seule supériorité — elle est, il est
vrai, notable — que l’on pourrait reconnaître aux shipbuil
ders d’outre-Manche réside dans leur esprit d’ordre et de
méthode, de discipline et de régularité dans le travail ; ils
perdent moins de temps, ou plutôt ils n’en perdent pas du
tout. Payés « aux pièces-» ils peuvent mieux ([ue quicoiupie
apprécier la justesse de leur adage national : Time is moneij.
II. Le mouvement syndical.
C’est surtout dans cette question de la rétribution du tra
vail, dans le taux comparé des salaires, que s’attestent la
dillérence profonde de situation entre l’ouvrier français et
l’ouvrier anglais et l’avantage nettement marcpié de ce der
nier.
Cela d’ailleurs n’est point spécial à l’industrie des cons
tructions navales et il est avéré, d’une façon générale, que
, l’ouvrier industriel est mieux rétribué en Angleterre qu’en
France. Dans la préface du livre de M. de Rousiers, que j’ai
cité tout à l’heure, M. de Tourville remarque que ce qui
frappe le plus l’observateur « c’est de voir l’Angleterre pré
senter ensemble et liés l’un à l’autre ces deux faits que l’on
aurait voulu rendre contradictoires » : le plus grand déve
loppement des méthodes modernes du travail — qui, par le
progrès du machinisme et les variations qu’il entraîne dans
la situation économique, tendent précisément à menacer la