a
+
les pores de la frontière bulgare qui sépare un peuple, toujours le même,
partagé entre plusieurs Etats. Après les catastrophes de 1913 et de
1918 ces émigrants arrivaient, de toutes parts, en procession, de Dobroudja,
de Thrace, de Macédoine et des confins d’Ouest. C'était une
avalanche de milliers d’hommes, d'enfants, de femmes, des vieillards,
qui venaient déguenillés, hâves, affamés, un spectacle à fendre l’âme de
tout homme sensible. Toute cette masse d’humains se déversant en
désarroi en Bulgarie était fauchée par les privations, l’épidémie et la
famine. C’est de cette manière que la Bulgarie compte aujourd’hui des
frères malheureux, émigrants des diverses époques, au nombre imposant
de plus de 500.000 avec lesquels la lient les indissolubles liens
nationaux.
L’émigrant, surtout l’émigrant macédonien s’empare du petit commerce
et de la petite industrie; il s'implante partout et arrive souvent à
de hautes positions sociales. Il y a parmi eux des avocats, des médecins
des professeurs, des fonctionnaires, des officiers et même des ministres,
Le premier ministre actuel à Sofia, est un émigré macédonien. On comprend
aisément que l'influence de l’émigration en Bulgarie soit grande.
C’est une véritable invasion qui justifie l’appellation de la Bulgarie
»Pays des réfugiés et des émigrés“, Ce ne sont pas seulement des Bulgares
qui y cherchaient refuge, ce sont encore des Arméniens, des Russes
qui fuyaient la terreur bolchéviste, Leur nombre s’est élevé à 37.000
réfugiés, chiffres officiels. Quand il s’agit des émigrés bulgares il faut
toujours avoir en vue que pas un réfugié ne s’estétabli en Bulgarie sans
esprit de retour, personne ne se considère comme expatrié ; tous vivent
èt travaillent dans l’espoir de revoir leur patrie, la seule, la vraie, où ils
sont nés et d’où ils ont été chassés. Ils vivent dans l’espoir d’y rentrer,
attendant le jour prochain où il leur sera permis de revoir leur village,
leur maison et leurs champs. Chaque gouvernement doit tenir compte
de cette mentalité du réfugié bulgare, parce que leur masse n’est pas
imposante seulement par le nombre, mais surtout par son organisation
et l'esprit combattif qui la tient toujours éveillée, toujours prête à l’action.
Les 500.000 émigrés en Bulgarie sont organisés dans une
Union des plus puissantes. Chacun doit faire partie d’une Confrérie
et payer sa cotisation mensuelle. Actuellement, on compte 203 de ces
confréries parsemées sur tout le territoire de la Bulgarie et dirigées par
le ,Comité Central de l’Union des Confréries de bienfaisance
Macédoniennes des émigrés“. Leur but immédiat est
d’entretenir le culte du souvenir et leur suprême espoir de rentrer dans
leur pays, sous la protection effective des droits des minorités. Quand 1e
désespoir le prend, il n’y a qu’une issue pour l’émigré macédonien : devenir
comitadji et mourir pour son pays. Personne ne peut l’en détourfer
quand il va grossir les rangs de l’O. R. I. M. et devient un de ses
membres actifs. C’est surtout parmi la jeunesse que cette idéologie révolutionnaire
trouve des adeptes qui vont renforcer les cadres de l’Organisation
Intérieure. Toute cette masse de réfugiés sans travail, sans
moyens d'existence, se répand jusqu’aux villages les plus éloignés, cause
des soucis au Gouvernement bulgare qui ne sait comment leur venir en