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CH. XXIV, — DES DOCTRINES D’ADAM SMITH.
capitai, l^a demande de bras augmenterait encore, et les propriétaires
retireraient un avantage permanent de la concurrence qui s’établirait
pour avoir des terres à défricher.
La culture pourrait, même, tellement s’améliorer, il pourrait en ré
sulter une telle abondance de denrées alimentaires, que, naturelle
ment , les mêmes terres desserviraient les besoins d’une population
beaucoup plus considéralile et paieraient des rentes beaucoup plus
élevées. De tels résultats ne peuvent manquer d’être avantageux aux
propriétaires et s’accordent, d’ailleurs, pleinement avec le principe
que ces recherches doivent mettre hors de doute : savoir, que des pro-
lits extraordinaires ne peuvent jamais avoir qu’une durée fort limitée,
car l’excédant que donnent les produits du sol après le prélèvement
des bénéfices suiiisaiits pour encourager la production et l’épargne,
cet excédant, dis-je, retourne, en définitive, au propriétaire.
La baisse que déterminerait dans les salaires cette abondance de
produits naturels aurait non-seulement pour résultat d augmenter le
rendement des terres déjà cultivées, mais encore d attirer vers elles
de nouveaux capitaux, et, en même temps, d’amener le défrichement
des travaux de qualité inférieure; ce qui tournerait au profit des pro
priétaires et de la classe entière des consommateurs. La terre — cette
machine qui produit la denrée la jdus importante — s’améliorerait
et prendrait une valeur naturelle en face des demandes qui en se
raient faites. Tous les avantages se feraient d’abord sentir aux ou
vriers , aux capitalistes et aux consommateurs : mais peu à peu, et
par la marche naturelle des faits, ils passeraient aux propriétaires
du sol.
Indépendamment de ces améliorations qui intéressent si vivement
la société et si faiblement le pro[)riétaire, l’intérêt du propriétaire
foncier est toujoui's en opposition avec celui du consommateur et du
manufacturier. Le blé ne peut jamais se soutenir à un haut prix
qu autant qu’il faut plus de travail pour le produire, qu’autaut qu’il
uéeessite plus de Irais de production. La même cause faisant également
hausser les rentes, il est de l’intérêt du propriétaire foncier que les
irais de production du blé augmentent. Ce n’est pourtant pas là l’in
térêt du consommateur, qui voudrait que le blé fût toujours à bas
prix, relativement à l’argent et aux marchandises; car c’est toujours
avec des marchandises ou de l’argent que l’on achète du blé. 11 n’est
pas non plus de l’intérêt du manufacturier que le blé soit cher, car
ia cherté du blé amène celle des salaires, sans amener celle des mar
chandises. Il faudra qu’il donne alors non-seulement plus de ses mar-