384
LI': PROBLKME DE LA MARINE MARCHANDE.
faisant escale dans nos ports coloniaux et y embarquant,
pour la métropole, une certaine quantité de marchandises,
susciteraient sans nul doute l’éclosion et favoriseraient le
développement d’une flotte coloniale qui nous manque abso
lument. A l’heure actuelle, notamment, les quelques paque
bots postaux, marchant à une vitesse déplorable, qui nous
relient à l’Extrôme-Orient, sont impuissants à assurer entre
la France et l’Indo-Ghine un mouvement d’échanqes com
parable à celui qui existe entre l’Inde, par exemple, et la
Grande-Bretaqne('). Les encouraqements donnés à la navi-
qation coloniale libre nous permettront seuls d’arrêter les
proqrès des Allemands, devenus dans ces parages les maîtres
du transport.
*
* *
Mais pour faire aboutir cette série de réformes, qui tou
chent un peu à tous les ministères, il faut commencer par
mettre de l’ordre dans l’orqanisation même des services
administratifs de la marine marchande. L’irresponsaliilité y
règne actuellement en souveraine maîtresse. Éparpillés entre
le commerce, les travaux publics, la marine, les affaires
étrangères, etc., les fonctionnaires chargés, au nom de
l’État, de veiller sur le sort de notre flotte commerciale, ne
recevant aucune impulsion directe, prennent, suivant leur
fantaisie, des décisions chaotiques et contradictoires, que
(i) Nos colonies, au nombre de ai, ont une population de Sa millions d’habitants et
une superficie de 3,981,900 kilomètres carrés.
Les colonies anglaises, au nombre de 43, ont une population de 898 millions d’halii-
tants et une superficie de 88,4i4,ooo kilomètres carrés, et elles ne coûtent, à la Métro
pole, que 63 millions de dépenses par an.
Ce qui n'a pas empêché l'Angleterre de faire avec ses colonies, en 1898-1899, un
commerce général de 5 milliards 887 millions (a milliards 558 millions de marchandises
anglaises exportées aux colonies et a milliards 804 millions de produits coloniaux im
portés dans le Royaume-Uni), chiffre de commerce qui s’augmente encore des cen
taines de millions encaissées pour les transports par sa marine mari bande.
Notre chiffre d’affaires avec nos colonies françaises n’a encore atteint que 3i3 mil
lions en 1899, alors que leur commerce avec l'étranger était de 821 millions.