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LE PÉROU ÉCONOMIQUE
Dans ce pays de ravins et de précipices, les Hamas ne
marchent jamais la nuit, l’étape doit toujours être achevée
avant la fin du jour, car cet animal ne mange pas dans
l’obscurité. S’il est doux et docile avec son maître, le
llama qui semble avoir ses défauts et ses qualités, est
tout particulièrement entêté, il oppose dans ses mauvais
moments une extraordinaire force d’inertie, on pourrait
alors le tuer qu’il ne bougerait pas. Il arrive parfois que
le llama de tête se trouve pris de la fantaisie de ne plus
marcher, ou du désir de dormir. Il se couche alors au mi
lieu du chemin, sourd aux remontrances et aux encoura
gements de son conducteur indien qui se garde bien de le
frapper.
Il nous est arrivé de voir tout un convoi de Hamas, chargé
de minerais, couché au milieu d’un sentier; le favori, le
llama de tête, s’étant senti saisi d’une soudaine paresse, s’é.
tait étendu sur le sol, aussitôt imité par tous ses congé
nères. L’arriero, assis sur ses talons à quelques pas du
mutin, l’exhortait d’une voix douce, mais le gaillard faisait
la sourde oreille. Alors, placidement, l’Indien se leva,
rassembla un petit tas de cailloux et au bout de quelques
instants il en prit un qu’il lança adroitement dans les
oreilles de l’animal qui sommeillait ; après un court inter
valle il recommença son manège et ainsi de suite jusqu’à
ce que le llama, ennuyé et trouvant sans doute dans sa
cervelle obtuse que la place ne valait rien pour dormir, se
levât et se remît en route.
La laine du llama surpasse en brillant et en solidité la
laine du mouton. Elle fait l’objet d’un grand commerce
avec l’Angleterre et les Etats-Unis : le prix de vente
moyen d’un kilogramme de laine de llama, non lavé, est de
1 fr. 25.
L’afpaca est un autre animal domestique de la Sierra ;