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LE PÉROU ÉCONOMIQUE
qu’à 125 bâtées ; quant à nous, malgré tous nos efforts,
nous n’avons jamais lavé plus de 75 bâtées ; d’aucuns de
nos associés, plus expérimentés, sont parvenus à 90 et
100, mais c’est là, il nous semble, un effort qui ne peut se
répéter longtemps sur les bords des rivières de la Montana
péruvienne où la température est chaude et humide.
XYI. — Si nous avons parlé de l’or, ce n’est pas pour
conseiller à tout le monde de partir à sa recherche, la for
tune n’est que peu souvent la récompense de ceux qui
abandonnent leur patrie pour courir les hasards de la vie
des placers. Le métier d’orpailleur ou de laveur d’or, quelque
rémunérateur qu’il puisse être en apparence, ne mène
guère à la fortune dans la pratique ; nous en parlons par
expérience. Tout d’abord les crues et les inondations des
rivières obligent les laveurs d’or à ne faire que des saisons
de quelques mois. En outre, comme il ne prend que rare
ment le temps de chasser et de pêcher, le laveur d’or vit
de bananes, de manioc et de diverses sortes de patates ou
camotes; cette nourriture étant peu réconfortante, il finit
par s’étioler sous l’action d’un climat devenu plus dépri
mant par un travail prolongé; l’orpailleur est alors une
proie facile pour la maladie.
En dépit de ces difficultés et des privations, la réputa
tion de richesse de certaines rivières est si grande, sur
faite ou non, qu’elle attire sans cesse un certain nombre
d’aventuriers. Ils arrivent par petites bandes de temps à
autre ; il y a même des isolés qui, à peine débarqués, cou
rent à la rivière la plus en renom pour le moment, séjour
nent quelques mois sur ses rives, puis, anémiés, fatigués,
malades, reviennent à la côte avec une récolte plus ou
moins abondante, suivant la chance et l’activité de chaque
laveur.
Les prospecteurs, les laveurs d’or de métier sont