. PRINCIPES D'ÉCONOMIE POLITIQUE
parties ne s'engagent à rien : si elles ne réussissent pas à se
convaincre l’une l’autre, elles se retirent et il n’y a rien de
fait. Dans l’arbitrage, une solution intervient nécessairement
et elle est nécessairement acceptée: d’avance par les deux
parties — tellement qu’il est de règle, là du moins où les
ouvriers comprennent ce que c’est que l’arbitrage, que du
jour où l’arbitrage est accepté, et sans attendre la décision
les grévistes reprennent le travail.
De ces différences. il résulte que l'arbitrage est bien plus
grave que la conciliation et sera bien plus difficilement
accepté par les parties, puisqu’il implique leur abdication
absolue entre les mains d’un tiers. Mais, par la même raison,
il est aussi bien plus efficace. On est donc tout naturellement
conduit à se demander si on ne'pourrait pasl’imposer aux
patrons et aux ouvriers ?
Dans plusieurs pays, on a institué des tribunaux d’arbitrage
obligatoire (1), mais entre le rôle du juge dans les procès
civils et le rôle du juge dans les conflits entre le Capital et
le Travail, il y aura toujours cette différence capitale que le
premier doit juger d’après une loi écrite ou tout au moins
d’après des principes de droit généralement admis, tandis
que, dans les conflits économiques, le juge n’a aucun crité-
rium. Voici un ouvrier qui réclame un salaire de 5 francs et
le patron qui déclare ne pouvoir lui en donner que 4,
Quelle est, je ne dirai même pas la loi écrite, mais la loi éco-
nomique, la loi morale, sur laquelle l’arbitre motivera sa
sentence ? — Le juste salaire? Mais quel est-il ? Nous avons
vu (ci-dessus. p: 337) quelles difficultés présentait un tel pro-
blème. Faut-il prendre pour norme les besoins de l’ouvrier?
(1) À existe en Nouvelle-Zélande un tribunal d'arbitrage obligatoire. C'est
un véritable tribunal à la juridiction duquel personne-ne peut se soustraire.
Cette institution (loi du 21 décembre 1894), adoptée successivement par les
autres Etats d'Australie, a donné longtemps de bons résultats : on se flattait
qu’elle ferait régner la paix sociale. Mais elle commence aujourd'hui à provo-
quer une vive hostilité non seulement du côté des patrons qui se voient im-
poser un salaire officiel par la Cour d'arbitrage, mais du côté des ouvriers
eux-mêmes qui ne veulent plus être privés du droit de grève et ont refusé
plusieurs fois déjà d'obtempérer à la décision arbitrale.
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