1”. PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
de saturation a été atteint, mais pourquoi ne se manifestenL-
ils pas avant ce moment et dès le moment où la production
a commencé à déborder? Faut-il répondre que c'est parce
que celle-ci se trouve elle-même dépassée par la marche
ascendante de la consommation ? Mais alors ce n’est plus la
surproduction qui serait cause de la crise : il faudrait dire
que c’est la sur-consommation !
b) L’explication par la sous-consommation se présente de
préférence à l’esprit de ceux qui regardent aux misères de
l’état économique actuel, c’est-à-dire les socialistes ou socia-
lisants, comme Sismondi. Ceux-ci ne nient pas que les crises
n’aient pour cause occasionnelle la surproduction due à l'avi-
dité des capitalistes qui, pour compenser la réduction du
taux des profits, cherchent, comme on dit, à se rattraper sur
la quantité; mais la cause fondamentale ce serait l’insuffi-
sance des ressources de la grande masse des consommateurs
de la classe ouvrière, des salariés, qui n’ont pas les moyens
de racheter les produits de leur propre travail. Et qu'on ne
dise pas, pour écarter cette thèse, que les besoins des
hommes sont illimités ou indéfiniment extensibles, car il ne
suffit pas, pour écouler un article, de trouver des gens qui en
aient envie, encore faut-il trouver des gens qui aient les
moyens de l’acquérir. Or, l'accroissement du revenu de la
masse de la population n’a pas marché d’un pas aussi rapide
que l’accroissement de la production manufacturière. Et
comme ces deux causes inverses mais aboutissant au même
résultat — d’une part, la nécessité croissante pour les fabri-
cants d’étendre le plus possible leur production ; d'autre
part, le nombre croissant des salariés et l’insuffisance du
salaire — vont s’intensifiant sans cesse, l’équilibre troublé,
au lieu de se rétablir automatiquement, comme il l’a fait
jusqu’à présent, deviendra de plus en plus instable et les
crises de plus en plus aiguës, jusqu’au jour où elles enseve-
liront sous ses ruines le régime capitaliste. Ainsi celui-ci
est destiné à périr par les conséquences mêmes qu’il a
engendrées.
Mais cette explication ne paraît pas mieux s’adapter aux
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