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Faut-il conclure de ce qui précède que le petit com-
merce n’a aucun droit à la protection de l'Etat? Ce
serait absurde. L'Etat est là pour la protection de tous,
des détaillants aussi par conséquent. Et comme il est
entendu que le rôle de l’Etat moderne ne saurait être
uniquement négatif, que sa tâche ne se réduit pas à
empêcher la collectivité de sombrer dans l’anarchie, mais
qu’il est appelé à atténuer, aux frais de l’ensemble, les
catastrophes qui atteignent injustement certains parti-
culiers, il est tout à fait juste qu’une action soit tentée
ici où là en faveur du petit commerce, pourvu, bien en-
lendu, qu’elle vise à éliminer les abus qui l’affaiblis-
sent, et non à les perpétuer en les rendant avantageux.
Toute la différence entre la bonne politique négative et
la mauvaise est là. En particulier, toute réforme qui
serait l’œuvre de l’Etat seul, sans que les particuliers
doivent y participer de leurs efforts, est vaine d'avance.
L’Etat est une institution d’entr’aide des citoyens, mais
dès que l’entr'aide prend un caractère de parasitisme,
elle cesse de mériter ce nom. Elle est corrompue dans
son essence même.
« L'aide étrangère (l’aide par l’Etat) a donc pour but
» de rendre les hommes toujours plus capables de s’ai-
» der à eux-mêmes. » *
«11 y a lieu de confier à la législation les tâches qui
» sont de son ressort pour la protection du petit com-
» merce ; mais il y a lieu aussi de faire le cas qu’elle
» mérite de l’aide aux détaillants par eux-mêmes pour
> le relèvement de la situation du commerce de détail,
»aide qui a à sa disposition différents moyens dont
» l’évolution des choses a rendu l’emploi nécessaire, On
sne comprend pas encore, dans les cercles de détail-
* «Die Fremdhilfe (Staatshilfe) hat daher den Zweck, den
) Menschen immer mehr zur Selbsthilfe zu befähigen. »
(Phrase de Wernicke, citée par Faucherre, Die wirtschaft-
liche Lage des Kleinhandels, n 7.)