Full text : La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE  L’ADRIATIQUE  AU  DANUBE.

139

le  couche  sur  une  planche  rembourrée,  et  une  jeune  fille  le  porte  sur  sa  tête
à  l’église.  Il  n’y  a  qu’un  parrain  ou  une  marraine  ;  et  leur  cadeau  consiste
en  un  gâteau  fait  avec  du  fromage  blanc,  de  la  farine  et  un  peu  de
graisse.
La  jeune  fille  qui  vient  de  se  marier  s’appelle,  en  croate,  sneha;  quand
elle  a  eu  un  enfant,  gêna;  quand  elle  a  atteint  la  quarantaine,  baba
(aïeule);  et  quand  elle  a  dépassé  la  cinquantaine,  starababa,  c’est-à-dire
vieille  décrépite.
Passons  maintenant  aux  fêtes  religieuses.
Les  Croates  se  préparent  trois  mois  d’avance  à  la  solennité  de  Noël.
Pendant  les  quatre  semaines  de  l’Avent,  on  se  rend  en  foule  à  l’église;  et
comme  les  églises  sont  en  général  situées  sur  les  hauteurs,  c’est  un  spectacle ­
  étrange  et  pittoresque  de  voir  ces  longues  fdes  d’êtres  humains  cheminant ­
  dans  la  neige  haute  et  épaisse.
Les  femmes  tiennent  des  chandelles  ou  des  torches  de  résine.  On  marche
en  chantant  des  cantiques.
Les  cantiques  de  Noël  sont  encore  aujourd’hui  les  mêmes  qu’il  y  a  trois
ou  quatre  siècles;  l’un  imite,  par  son  chant  cadencé,  le  mouvement  d’une
berceuse;  tous  les  versets  d’un  autre  se  terminent  par  des  voyelles.  Leur
rhythme  est  doux  et  lent.  Il  y  en  a  un  cependant  qui  est  une  marche  belliqueuse, ­
  et  un  autre  où  l’on  invite  tous  les  êtres  de  la  création  à  endormir
le  petit  Jésus.  On  entend  le  chant  du  coq,  le  ramage  du  rossignol,  le
gazouillement  delà  fauvette,  le  cri  du  coucou,  le  roucoulement  du  pigeon,
le  gloussement  de  la  poule,  le  bourdonnement  de  l’abeille,  le  coassement
de  la  grenouille,  le  glapissement  du  renard,  le  bêlement  de  la  brebis,
le  hennissement  du  cheval,  le  braiment  de  l’âne,  le  beuglement  du  bœuf,
le  rugissement  du  lion.  Rien  de  plus  étrange  et  de  plus  naïf.
Le  jour  de  1  Épiphanie,  le  curé  ou  le  vicaire  se  rend  dans  les  maisons
pour  chanter  le  cantique  des  Rois.  Il  bénit  ensuite  les  chambres  et  les
étables  au  nom  des  Rois  mages,  qui  sont  en  grande  vénération  dans  le
pays.  Quand  la  bénédiction  est  donnée,  le  prêtre  encense  toute  la  maison;
les  serviteurs  se  rangent  autour  de  la  table  sur  laquelle  on  a  placé  un
christ;  on  s  agenouille,  etl  on  chante  le  cantique  :  «  Trois  rois  mages,  etc.  »
On  lit  encore  cette  vieille  inscription  sur  les  portes  du  château  de
Biskra  :  «  En  1778,  les  rois  mages  ont  passé  et  béni  cette  maison.  »
Nous  étions  revenus  au  château  à  l’heure  du  dîner.  Après  midi,  une
«  kola  »  vint  nous  prendre,  M.  Quiquerez  et  moi,  pour  nous  conduire  aux
bains  de  Krapina.
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.